MuseoGames, ou quand les arcades s’exposent
Avant de partir de l’autre côté de la Manche, je me fais un devoir de profiter de Paris, et notamment de visiter les musées que j’aurais omis par mégarde. Le musée des Arts et Métiers par exemple. Très chouette au demeurant. J’ai donc tracé tout Turbigo d’un pas décidé pour aller jouer ma geek à l’expo MuseoGames qui, comme son nom l’indique, s’occupe plutôt de Mario et Donkey Kong que de Gustave Eiffel et de l’inventeur de la dynamo (qui a sa statue à l’entrée mais un nom impossible à retenir). Comme les jeux vidéo sont loin de faire partie de ma culture “jeune” mais que je m’y intéresse par médias interposés (notamment Ecrans de Libé), je tenais là l’occasion en or de faire d’une pierre deux coups : tourisme et leçon d’histoire.
L’enceinte du musée abritant un cloître, je rasai méthodiquement les murs en quête de l’entrée adéquate (oui, je fais une fixette sur les lieux sacrés, explication à venir dans un futur billet). Au premier passage devant l’entrée du musée, j’aperçus un Asiatique d’âge mur, voûté comme un arbre après le dégel, qui s’éloignait à pas mesurés sur la pelouse bordant les blanches murailles. Quand je revins bredouille, il avait disparu, remplacé par une famille d’Espagnols, chacun leur bento. Une bourrasque passa, l’instant de recueillement sushis-fleurs de cerisier à peine esquissé qu’il était déjà passé, aussi fis-je mon deuil express de la poésie du moment pour aller taquiner de l’aventure numérique.
L’exposition, plutôt sommaire à mon goût, a pris le parti résolu de proposer une immersion massive plutôt qu’un parcours pédagogique : une grande salle dotée d’un immense plateaux de bornes PC où des jeux venant de divers âges étaient offerts au premier clic venu, puis un recoin plus modeste où les bornes d’arcade font la joie des ados excités. La décoration se voulait rétro-moderne avec des néons en vrac et des bandes fluorescentes au sol, mais l’accent est essentiellement mis sur l’image avec les grands écrans en hauteur, reliés aux ordinateurs de jeu. En vrai, j’aurais été assez déçue n’eussent été les nombreuses et passionnantes interviews en écoute dans les coins-canapé ainsi que les échanges des visiteurs, qui à eux seuls disaient plus que l’expo elle-même (d’où l’intérêt d’y aller en heure de pointe).
D’un coup d’oeil embrassant la salle, un premier constat fait bien plaisir : la majorité des joueurs installés n’étaient pas encore nés au moment de la création des jeux qui font leur délice pour l’occasion. Des garçons pour la plupart, mais aussi quelques filles qui entendent bien en remontrer à leurs frères ; maman dubitative se tient en retrait, bras croisés, un oeil blasé errant d’écran en écran, et finit par aller se poser sur un canapé. Alors que les jeux vidéo ont longtemps été taxés de culture underground, certains moments relèvent véritablement de la transmission de savoir entre père et fils :
(pater) — Si je me souviens bien, derrière cette porte-là tu as un autre niveau mais il me semble qu’il y a une histoire de bonus aussi…
(filius) — Ah ouais mais attends papa, y’a des étoiles ! les étoiles ça veut toujours dire des trucs !
(pater) — Il y aura d’autres étoiles après, passe le niveau je te dis ; ça me revient maintenant, tu vas trouver des monstres marrants.
(filius) — Oui mais peut-être que les étoiles c’est des points, et après on upgrade, et vaut mieux le faire avant les monstres tu crois pas ?
Discussion édifiante s’il en est. Comme quoi les jeux font partie d’un naturel au galop qu’il serait dommage de chasser. Comme quoi la progéniture d’aujourd’hui est dotée du code de base pour comprendre passé, présent et futur ludiques à l’instar de la lecture et du vélo. Les légendes aupravant confidentielles font maintenant partie de leur culture générale, et même une connaissance liée au plaisir : deux enfants se sont rués sur sur un ordinateur en s’écriant “Pong ! T’as vu c’est Pong ! Oh trop cool !” plutôt que sur celui d’à côté où un simili-tournoi de Roland-Garros tournait. Et à mon avis, il auront plus souvent l’occasion de caser cette expérience dans une converstaion que l’Edit de Nantes. Notez que j’ai pris cet exemple au petit bonheur (sans doute parce que j’ai mis des années à m’en souvenir), mais ne pourrait-on pas dire que le geekage s’apparente à une religion laïque ?
Ayant peu joué moi-même, je ressortis sous le soleil de Juillet en me disant que la vraie vie n’était pas si différente : des aventures à vivre, des images pour se souvenir… et des expos pour se dire que nos pires bêtises seront un jour des pièces de musée.

Pas encore de rétroliens.